Culture tomate sous serre : 4 différences (dont une assez étonnante)

Culture tomate sous serre : 4 différences (dont une assez étonnante)

Vous envisagez de démarrer la culture de vos tomates sous serre ? 

Vous avez bien raison :

  1. Jean-Martin Fortier (un célèbre maraîcher québécois) commence à récolter dès la mi-juin, grâce à la culture sous serre
  2. Vous allez récolter des tomates jusqu’en novembre (minimum)
  3. Vous diminuez drastiquement le risque d’attaque de mildiou

 

C’est pour ça que la majorité des maraîchers cultivent leurs tomates sous serre.

Néanmoins, ce mode de culture diffère légèrement de ce que vous connaissez. 

Par exemple, vous allez être étonné de voir pourquoi il faut moins tailler les gourmands dans une serre !

Voyons les 4 spécificités qu’il faut prendre en compte.

1/ Les fortes chaleurs d’été peuvent faire fondre vos récoltes

Dans une serre en plein été, on se rapproche de la température d’un four qui carbonise tout ce qu’il contient. 

Passé les 35°C, l’environnement devient austère à la croissance des tomates.

Et cela va durement impacter vos récoltes, pour deux raisons.

La première, c’est que vos tomates vont mettre de l’énergie à se protéger de la chaleur. De ce fait, elles vont stopper leur croissance afin d’économiser de l’énergie. Elles vont aussi enrouler leurs feuilles afin d’empêcher que l’humidité contenue dans celles-ci ne s’évapore. 

La seconde raison, c’est que passé 35°C, il y a une mauvaise fécondation des fleurs. Le pollen devient presque stérile et son taux de germination diminue. 

Et ce n’est pas tout.

Les bourdons sont les principaux êtres à polliniser les tomates. Mais avec des températures si élevées, ils ne sortent pas de la ruche. Donc il y aura moins de fleurs de tomates fécondées.

Heureusement, il existe des solutions.

La première est de choisir une serre qui s’ouvre des 2 côtés. Ainsi, il y aura une bonne aération. Le courant d’air permettra de diminuer rapidement la chaleur.

D’ailleurs, le vent aide lui aussi à la pollinisation des fleurs de tomates

Mais il est possible que ce ne soit pas suffisant. 

Alors il faut limiter le soleil direct durant une partie de la journée.

Pour ce faire, vous pouvez : 

  • Blanchir votre serre :  il existe des produits qui blanchissent votre serre, tout en laissant passer les rayons du soleil. Ces rayons seront simplement moins puissants. 
  • Ombrager votre serre : pas envie de peindre votre serre ? Alors il vous suffit d’installer un voile d’ombrage, avec des bambous fendus par exemple.

Et pour finir, taillez moins les gourmands. Les gourmands contiennent la sève élaborée (l’eau et les sucres synthétisés par les parties aériennes de la plante). C’est une réserve de nutriments non négligeable pour rester robuste face à la canicule !

 

2/ Vos plants de tomates vont rapidement manquer d’eau

Dans une serre, les plantes sont protégées de la pluie et des fortes rosées matinales. C’est génial, car ça diminue les risques de maladies, comme le mildiou.

Mais, vos plants de tomates ne bénéficient plus de ces eaux naturelles.

Il va falloir compenser avec un arrosage accru

Et ce n’est pas tout.

Dans une serre, il fait beaucoup plus chaud qu’à l’extérieur. L’évaporation de l’eau que vous utilisez va drastiquement augmenter. Les plantes vont davantage transpirer pour survivre à un tel niveau de chaleur.

En plus d’altérer leur croissance, les plantes vont mourir si vous ne vous adaptez pas à ce nouveau besoin d’eau.

Mais alors, comment s’adapter ?

La première chose à faire, c’est d’installer un système de goutte-à-goutte programmable

L’objectif, c’est de trouver le bon rythme d’arrosage. Il ne faut ni qu’elles manquent d’eau, ni qu’elles en aient trop.

Commencez par régler vos goutteurs au minimum. Puis, observez au fil des jours votre sol et vos plants de tomates. 

Si la terre reste légèrement humide dès que vous grattez un peu, et que votre pied de tomate reste en forme, alors c’est parfait. 

Mais, si la terre s’assèche, que les feuilles de vos tomates pendent vers le bas, jaunissent et sèchent, alors il faut augmenter le débit. Mais, toujours petit à petit, afin de trouver le réglage parfait.

La seconde chose à faire, c’est de pailler

Le paillage permet de limiter l’évaporation de l’eau fraîchement arrosée. Grâce à lui, vos plantes auront de l’eau durant plus longtemps. Vous aurez moins besoin d’arroser.

 

3/ Pas de rotation de culture = risque de maladie accru

Dans notre serre, on cultive souvent les mêmes légumes : les tomates, les poivrons et les piments.

Il est difficile de faire une rotation de culture efficace. Tous les légumes cultivés dans la serre sont de la même famille, les solanacées.

Pendant les deux premières années, il n’y a pas de problèmes sans rotation de culture. Mais ensuite, les choses se compliquent.

Les champignons et les virus vont probablement s’installer. Et à partir de ce moment, il sera très difficile de les faire partir. Ils peuvent hiverner dans le sol, et resurgir toujours plus tôt dans la saison. Attaqué toujours plus tôt, vos plantes auront de plus en plus de mal à arriver à maturité et produire la quantité de légumes-fruits que vous auriez aimé.

Des maraîchers professionnels ont réfléchi à ce problème, et deux solutions sont apparues.

Il y a la méthode d’Eliot Coleman, qui consiste à déplacer la serre. Si vous avez une petite serre amateur, ça ne devrait pas poser problème. Étant professionnel avec de grandes serres, il a installé un système de poulie sur rail afin de faire rouler sa serre et la déplacer chaque année. Ainsi, chaque parcelle est cultivée une année sur deux par des solanacées. Il diminue les risques d’apparition et d’ancrage des maladies.

Puis, il y a la méthode de Jean Martin Fortier. Il a préféré créer une serre à tomate, qui reste toujours au même endroit. Sa solution ? Greffer ses pieds de tomates. Je vous parle du greffage ici.

 

4/ 2 nouveaux ravageurs vont apparaître, voire plus, si vous ne faites rien

La serre a un climat particulier. Elle va attirer de nouveaux insectes et virus qui se plaisent dans ce nouvel environnement.

L’aleurode est le premier ravageur que vous risquez de retrouver. Cette petite mouche blanche, qui mesure entre 1 et 3 mm, pose deux problèmes embêtants. D’abord, elle se nourrit de vos plantes. Elle va fortement les abîmer au fil du temps. Mais le pire, c’est que cette mouche est porteuse de phytovirus. Elle augmente considérablement les chances qu’une maladie incurable se développe sur vos plants de tomates.

Heureusement, ces mouches ne sont pas très résistantes. Dès que vous les voyez, pulvérisez un mélange d’eau et de savon noir sur vos plants de tomates, surtout là où elles colonisent. Répétez ce traitement sur 2 semaines, espacé de 2 jours. À la fin, il n’y aura plus rien, et vous vous en serez débarrassé.

Le deuxième problème, c’est que la serre est un environnement idéal pour que les champignons et pourritures racinaires se développent. Notamment la moisissure grise, qui attaque fortement les tomates cultivées en serre. Ce champignon attaque votre plant par les parties abîmées. Il se propage ensuite sur tout le plant, qu’il tue à petit feu.

Pour limiter l’apparition de ces maladies, les basiques suffisent.

Il faut :

  1. traiter vos tomates avec un antifongique (naturel comme le purin d’ortie)
  2. aérer le plus possible la serre
  3. greffer vos plants

 

Maintenant, passons aux spécificités de la culture des tomates sous serre :

  • Quand planter (et comment planter plus tôt)
  • le système de tuteur simple de la serre
  • les tomates adaptés à la serre
  • Le minimum de qualité pour une serre à tomate

 

Quand repiquer ses tomates dans une serre ?

Je n’ai pas de date précise à vous donner, car ça dépend où vous êtes situé. Néanmoins, voici comment déterminer quand planter avec précision.

Vous pouvez commencer à repiquer vos pieds de tomates dès qu’il fait une température supérieure à 10°C dans la serre

Pourquoi 10°C ? Car en dessous, votre plante va s’abîmer.

Pour connaître la température dans la nuit, inutile de se lever chaque heure. Vous pouvez installer une sonde qui va mesurer la température et vous la retranscrire heure par heure.

Et si la température est encore trop basse, mais que vous êtes impatient de démarrer la saison, il existe une solution.

 

Chauffer sa serre à tomate, c’est possible !

Il existe des chauffages à pétrole qui vont vous permettre de chauffer votre serre à tomate. 

Vous pouvez l’utiliser de 2 façons.

1/ Vous ne l’allumez que la nuit, afin d’éviter les gelées tardives

C’est une excellente solution si vous souhaitez repiquer vos pieds de tomates avant les les Saints de glaces. Vous pourrez passer ces gelées sans que vos tomates ne soient affaiblies. 

2/ Vous la chauffez tout le temps, afin d’avoir une température élevée, pour une croissance immédiate.

Chauffer sa serre n’est pas le seul avantage que procure ce petit espace confiné.

 

Le système de tuteur “simple” de la culture de tomate en serre

Au lieu de se prendre la tête à tuteurer ses tomates en faisant un nouveau noeud chaque semaine ou presque, la serre vous simplifiera la vie :

  • utiliser une ficelle par pied de tomate
  • ajouter un grillage au plafond pour avoir plus d’endroits où accrocher vos fils
  • le fil doit toucher le sol
  • faire un noeud sur le pied de tomate, en dessous de la première tige
  • le noeud ne doit pas être serré
  • puis, enrouler la ficelle autour de la tomate

Et voilà, vous pouvez tuteurer vos tomates rapidement avec ce système que les maraîchers utilisent.

 

Quelles sont les tomates adaptées à la culture sous serre ?

J’ai fait des recherches à ce sujet et … je n’ai pas été convaincu par les résultats. Certaines variétés sont conseillées, mais il n’y a jamais d’explications concrètes.

Ce que je peux vous affirmer, c’est que mixer les variétés ainsi que les niveaux de précocité reste la base. A ce sujet, j’ai écrit un article sur les tomates les plus productives, qui pourrait vous intéresser.

Sauf que grâce à la serre, vous allez pouvoir récolter plus tôt les variétés précoces, et plus tard les variétés tardives.

 

Le minimum de qualité pour une serre à tomate

Le minimum c’est de choisir une serre qui a de grandes ouvertures afin de créer facilement un courant d’air qui fera baisser la température.

Choisissez un plastique résistant aux UV, d’une épaisseur de 200 microns minimum et une protection thermique.

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La culture sous serre est indispensable selon la région où vous êtes. Mais, même si elle n’est pas nécessaire, sachez qu’elle vous permettra de créer un environnement optimal pour vos tomates.

Elle vous permettra aussi d’allonger votre saison de culture

Ce n’est pas pour rien que Jean Martin Fortier, auteur du livre “Le Jardinier Maraîcher” a dédié une serre uniquement à la culture de tomate !

Dans son livre, il explique que ça a été le moyen pour lui d’éliminer la plupart des maladies et de prolonger sa saison d’au moins deux mois (à noter qu’il s’agit d’une serre chauffé, et non d’une serre froide, et que les températures au Québec sont beaucoup plus froides qu’ici)

Il calcule ses semis afin de commencer à récolter et vendre ses tomates dès la mi-juin. Avec ses techniques, il a réussi à multiplier par 10 sa quantité de récolte, par rapport à la culture en plein champ. 

Il insiste sur le fait qu’il cultive en pleine terre, et non en bac ou hydroponie comme le font certains.

Bien que vous n’allez sûrement pas opter pour une serre chauffée comme Mr Fortier, vous avez la preuve que la culture sous serre des tomates est adoptée même par les meilleurs maraîchers connus actuellement.

Téléchargez la fiche résumée des spécificités de la culture sous serre.

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